Interview

Interview de M. Nicolas-Gérard Camphuis, Directeur du Centre Européen de Prévention du Risque d'Inondation (CEPRI).

Un logement ou un quartier « zéro dommage » face au risque d'inondation est-ce possible ?

CamphuisLe développement des territoires ne saurait être durable sans une prise en compte accrue du risque d'inondation qui pèse sur leur devenir. Les inondations à travers le monde (Dresde, Prague, Royaume-Uni, Nouvelle-Orléans et même Xynthia) montre que nos modes d'urbanisme ne sont pas « durables » face à l'inondation et que nombre de territoire peinent à redémarrer. Le changement climatique annoncé ne fait qu'exacerber la nécessité de s'adapter à l'inondation, en augmentant la résilience des territoires. C'est la raison pour laquelle le CEPRI a souhaité à nouveau participé aux 7èmes ateliers du développement durable. Tout ce que le CEPRI propose relève du développement durable. Pourquoi le CEPRI s'intéresse à la résilience des logements et des quartiers ? Pourquoi parler vous d'adaptation à l'inondation ?

Parce qu’il nous faut regarder les choses en face, comme nous y invite la Directive européenne, et réaliser que nos villes, nos quartiers et nos logements sont très mal préparés à devoir supporter une inondation et à s’en relever rapidement. Regardez ce que nous vivons en ce moment avec Xynthia : certains modes de construction, certains urbanismes se révèlent très peu compatibles avec l’inondation. Des quartiers sinistrés peuvent ne pas être reconstructibles techniquement ou économiquement, ce qui pose de vraies difficultés pour le redémarrage des territoires.

Nous découvrons ce que d’autres pays ont déjà expérimentés (la Nouvelle Orléans en 2005, le Royaume Uni en 2000 et 2007) : il faut adapter nos villes à l’inondation comme nous les adaptons au changement climatique car l’un et l’autre sont aussi certains, l’un et l’autre peuvent compromettre totalement la capacité à vivre quelque part.

Mais alors est ce qu'une urbanisation en zone inondable reste possible ?

Oui, mais à plusieurs conditions qu’il n’est pas toujours possible de réunir : une adaptation des bâtiments et des réseaux vitaux qui innervent le territoire (électricité, communication, assainissement, route…), un renforcement de la capacité des entreprises et des services publics à faire face en organisant leur continuité d’activité, la création de nouvelles formes architecturales et urbaines non seulement adaptées au risque mais également agréables à vivre et attractives.

La réunion de ces conditions est plus ou moins aisée sur le plan technique et financier selon le territoire considéré, les conditions d’inondation observées et la nature de l’urbanisation à envisager (construction neuve ou requalification).

Elle sera en tout état de cause impossible sans une prise de conscience aiguë du risque d’inondation et de ses impacts potentiels sur le territoire. La volonté politique est en effet de mise dans un contexte où les dispositifs actuels montrent leur limite à faire évoluer les pratiques de construction et de rénovation en zone inondable. De nouveaux outils sont à inventer. L’application de contraintes techniques obligatoires, pertinentes et partagées, dont la mise en œuvre est accompagnée financièrement et appliquée différemment selon les territoires et la nature des travaux considérés (rénovation ou neuf) est aujourd’hui incontournable. Cette évolution doit se faire dans un esprit de rapprochement de l’Etat et des collectivités locales. Il faut renverser le regard des décideurs de l’aménagement du territoire sur l’opportunité (et non la contrainte) que représente l’urbanisation d’un territoire inondable ayant pour objectif de bâtir des villes « zéro dommage », c'est-à-dire tout simplement des villes durables.

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