Interview

Interview de Guy HASCOET, Consultant, membre du Conseil régional de Bretagne

1- Vous allez intervenir lors des Ateliers du développement durable sur le rôle des collectivités et des entreprises en matière de développement durable. En tant que nouvel élu au Conseil régional de Bretagne et consultant pour les entreprises, comment voyez-vous les choses ? Quels rôles doivent avoir les élus et les entrepreneurs selon vous ?

Les élus doivent organiser un dialogue ouvert avec tous les acteurs et utiliser tous les outils à leur disposition pour impulser, installer, accompagner, orienter... Bref, faire de la politique et ne pas seulement accompagner l'air du temps.

2- De quels pouvoirs disposent réellement les élus pour agir en faveur de l'environnement ? Y-a-t-il selon vous une disparité entre la volonté et la capacité d'action ?

HascoetAujourd’hui le sentiment est que les ambitions sont rangées. Si nous devions aujourd’hui mettre l’eau courante ou l’électricité chez tous, on passerait trente ans en expérimentation au lieu d’avoir des politiques de généralisation des évolutions utiles ou incontournables. Il n’existe pas de véritable politique territoriale de l’énergie par exemple. Comme pourtant ces évolutions sont en cours autour de nous en Europe, la question est celle de la spécificité française. Est-ce que nous ne croyions pas aux nouveaux enjeux, les autres ont-ils une organisation institutionnelle plus favorable à une prise en charge au-delà de la prise en compte ?

Concrètement le centralisme français et ses castes républicaines sont devenus de lourds handicaps. Nos collectivités régionales non seulement manquent de poids mais n’ont pas la possibilité de contrer un refus ou un aveuglement parisien. Nous avons les mêmes élus pendant quarante ans. Ils disposent d’un système qui leur permet de ne pas faire vivre la démocratie locale, la possibilité de resserrer et concentrer les pouvoirs sur quelques personnes. Finalement c’est la France, c’est Versailles à tous les niveaux ! Il faudrait créer par une forme fédérale plusieurs niveaux de légitimité pour donner de l’oxygène au système. Il faudrait par des mécanismes plus proportionnels, obliger les partenaires d’une majorité à s’écouter et trouver de vrais accords politiques. Notre peur de changer est en train de nous déclasser.

3- Une grande partie du programme des Ateliers du Développement Durable sera consacrée au changement climatique. Que pensez-vous de la polémique actuelle sur le réchauffement climatique ? De quoi doit-on parler en réalité ?

Nous avons depuis RIO (1992) avec les travaux du GIEC*, les études de reconstitution du climat par l’analyse des glaces arctiques et antarctiques, le suivi satellitaire de la progression des mers dans le monde, la certitude que le réchauffement est en route. Le risque est une dérégulation du climat qui serait hors de maîtrise si en moyenne il devait dépasser les deux degrés et trois dixièmes. Les responsables de ce réchauffement sont les gaz dits à effet de serre : le CO2, les NOX, oxydes d’azote tel le méthane d’origine biologique. Nous devons diviser par quatre nos émissions d’ici 2050 pour « encaisser » la légitime progression des pays de l’hémisphère sud en consommation moyenne par habitant, sachant que ces populations vont croître considérablement, de sorte que le monde sera en tension.

Au passage, c’est l’intérêt de tous de contenir le niveau de consommation mondial d’énergie au risque d’en manquer et de créer un climat conflictuel. Tout converge et les débatteurs qui passe leur temps à créer du doute sont nuisibles au regard des enjeux à venir et des solutions qu’il nous faut rapidement promouvoir désormais. Il nous faut une politique territoriale avec obligation de résultat comme dans les années 60 sur d’autres sujets, donner le pouvoir à des niveaux décentralisés, seuls capables de réaliser un objectif de cette nature en vingt cinq ans.

4- Ces Ateliers démontreront la nécessité d'analyser notre dépendance à la nature. En pleine année de la biodiversité, quels sont d'après vous les grands enjeux de la préservation des espèces et des ressources ?

Pendant longtemps cette question a été caricaturée. Les personnes sérieuses s'occupant des gens et les rigolos des petits oiseaux. La réalité est qu'au bout de la disparition des ressources et de la biodiversité, il y a la sixième extinction, celle de l'homme. Promouvoir un projet ou l'intelligence humaine se combinerait avec l'intégration d'une gestion maîtrisée de la nature est sans doute la cause la plus humaniste qui ait jamais existée. Il faut concentrer les moyens de recherche et d'innovation technique et technologique, mais aussi sociale et organisationnelle sur les solutions performant l'usage de toutes les ressources, de tous nos systèmes de services, de toutes les énergies, et non plus sur des rêves de puissance tombés d'ailleurs en désuétude ou en passe de l'être.

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